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Qui est-ce qui parle, au juste? 

L’usage des références et le respect de la propriété intellectuelle

par Nicole Dubreuil, professeure au Département d'histoire de l'art et des études cinématographiques et vice-doyenne à la Faculté des études supérieures

Les actes de plagiat flagrant, qui correspondent à une appropriation malhonnête des idées de quelqu’un d’autre, ne sont pas concernés pas les présentes remarques. Ces actes sont le plus souvent des réponses à des situations extrêmes, liées à toutes sortes de contraintes personnelles ou à une incapacité d’atteindre les compétences requises au niveau de formation où est rendu l’étudiant.

Les difficultés que nous voulons évoquer appartiennent à une zone plus «grise» où l’usage indu d’un matériel-source résulterait au moins en partie d’un manque d’habileté à manipuler le dispositif de référence nécessaire à toute production scientifique.

C’est bien en effet une des grandes caractéristiques du travail savant que de convoquer un large éventail d’interlocuteurs dont la place est balisée par tout un appareil conventionnel de référence : notes et appels de notes, citations, éléments bibliographiques, etc.

Le travail savant tire sa légitimité de ce dispositif référentiel et particulièrement des citations dans toutes leurs modalités (directes, indirectes, résumées, traduites, etc.). Les voix multiples qui s’y font entendre cautionnent le sérieux de la recherche. Elles indiquent à la fois que l’auteur d’un texte savant connaît les experts pertinents à son sujet et qu’il se réclame de leur autorité, même dans les cas où l’opinion de ces auteurs se trouverait contestée : on a intérêt, après tout, à discuter avec les «meilleurs». L’appareil de référence permet ainsi à l’auteur du texte savant de se tailler une place dans un réseau de pairs.

Le recours à des sources diverses, dont l’apport est jugé nécessaire à la démarche de l’auteur, constitue donc un des fondements du texte savant. Mais la manipulation des références exige un certain nombre d’habiletés que tous sont loin de maîtriser. Et, rappelons-le, une honnêteté à toute épreuve. Voici, à titre indicatif, quelques lignes directrices qu’on aurait intérêt à suivre.

  1. Un principe absolu doit guider la rédaction savante en matière de références: il est impératif que l’auteur demeure en contrôle absolu des entrées et des sorties de ses divers interlocuteurs. Il faut entendre par là que tout élément rapporté est dûment annoncé et sa présence justifiée. Une seule pensée commande en effet l’ensemble du travail, de l’introduction à la conclusion, celle de l’auteur (qu’il s’agisse dans les faits d’un seul ou de plusieurs individus, selon la pratique en usage dans le milieu recherche concerné) qui croit avoir quelque chose d’original et de significatif à dire. Le principe paraît simple mais il exige un bon jugement. Les recommandations qui suivent découlent d’ailleurs en grande partie de ce premier principe.
  2. On ne confie pas à la note, même pas à la note en bas de page, l’identification d’un auteur qu’on cite. On peut, pour varier ses effets, reporter cette identification à la fin d’une citation. Mais ce nom propre doit apparaître dans le texte principal. On réserve à la note les compléments d’informations et les remarques supplémentaires.
  3. Il arrive que l’on doive utiliser abondamment un auteur, entre autres dans les cas où l’on veut vérifier, appliquer ou contester une approche, une méthode. Dans toutes ces instances, il ne faut pas perdre de vue l’interlocuteur. L’oublier parce qu’on l’a identifié une premier fois peut non seulement placer un auteur en situation de plagiat mais affaiblir considérablement son autorité. Il faut donc rappeler à la conscience du lecteur que l’on est toujours en dialogue avec quelqu’un.
  4. L’appel d’une citation offre de bonnes occasions d’affirmer cette maîtrise de l’exposé. Éviter de répéter les tournures creuses et passe-partout (du genre untel dit), varier les formules d’appel (utiliser à bon escient les nuances entre déclare, affirme, soutient, prétend, etc.), ne pas annoncer une citation dans les mots mêmes de l’auteur cité mais choisir plutôt de mettre en relief ce qui, dans le texte rapporté, intéresse l’auteur principal, constituent autant d’habiletés à développer.
  5. Ainsi, un auteur ne laisse pas une citation faire le travail à sa place. Il faut qu’il fasse savoir en quoi tel constat, telle position l’intéresse, ce qui se révèle dans sa capacité à résumer, à conceptualiser et à confronter les éléments rapportés. Les citations très longues devraient être liées à de longs exercices d’exégèse, c’est-à-dire qu’elles se justifient uniquement lorsqu’elles donnent lieu à des commentaires détaillés. Les citations trop longues risquent en plus de créer des écarts gênants entre la prose d’un auteur moins expérimenté et la parole assurée du spécialiste.
  6. L’exigence de rigueur est particulièrement nécessaire dans les emprunts beaucoup plus insidieux (parce que dans un certains sens déguisés) que constituent les citations indirectes, les paraphrases, les éléments résumés ou traduits. Ceux-là se fondent en apparence dans le texte principal au point où les appels de notes contenus dans le texte-source se trouvent versés au compte de l’auteur principal. C’est le plus souvent dans ce cas de figure que surgit la tentation et l’acte de plagiat. C’est le plus souvent dans ces cas qu’il faut impérativement savoir qui parle, au juste …